6.6.09

Dakar, vu de mon porte monnaie

01/06/2009 Marigot de N’dangan
Sur le fleuve Siné Saloum, Sénégal

Sur le fleuve Siné Saloum depuis prés de 20 jours. 7H00 du matin, lever de soleil, les baobabs embrumés s’étiolent sur la berge basse de sable blanc, Mangroves, marigot de N’dangan.
Je n’ai pas touché à un stylo depuis mon arrivée à Dakar, bientôt deux mois … Fastidieuses réécritures, horrible miroir, se raconter à l’usure, tellement narcissique. Et puis ce gros chantier, à Dakar ! Et puis l’Afrique, noire, le Sénégal, les sénégalais, quelle histoire … Deux mois de sensations, illusions, consommations et autres tentations … Toubab je suis ici ! On m’octroie parfois, au vu de mon bronzage, le titre honorifique de « Séné Gaulois », le nom que les sénégalais donnent aux toubabs natifs, à ceux qui prennent racine … Deux moi, je ne me sens pas vraiment capable d’écrire, de décrire, de résumer, cette partie du voyage.

Siné Saloum, Salamaleikum ... A trois encablures de mon mouillage se trouve le petit débarquadère en bois du village de Ndangane. Pirogues de pécheurs aux pirogues débordants de filets de toutes couleurs (vert, bleu, rouge, jaunes), barques de transports publics chargées de femmes en boubous colorés, d’enfants acrobates vont et viennent autours de l’Atao. Je suis assis sur le pont, profitant de la fraîcheur du matin, café touba aux lèvres, douce matinée du monde … Et ce bon vieux cahier pour compagnie … Petits bonjours aux curieux des pirogues par ci, bon gros Salamaleikum par là, bien ba,s aux équipages de pécheurs sur leurs longues pirogues de plus de trente mètres qui reviennent de je ne sais quelle longue campagne, sans pont, la pirogue …
Trois voiliers toubabs ancrés au mouillage ici, ils hivernent, sous la bonne garde de pêcheurs Sérères (c’est la tribu locale), en accord avec le chef du village …
Le petit Ketch bleu de mon pote Alain à ma proue. Deux pélicans à ma gauche, sur la berge une charrette à cheval bringuebale …

Et puis voilà, écrire m’ennuie !!! Mais bon il y a ce foutu blog …
Bâcler un petit truc rapide sur Dakar, pour la cohérence du truc !!!


Dakar donc ???
J’y suis resté 5 semaines, 50 jours …
Au Cercle de Voile de Dakar, le « CVD » pour les intimes, j’y reviendrais sûrement. Le lieu dit se nomme Hann Plage, petit mouillage situé à 7 kilomètres du centre ville de Dakar, bien abrité derrière l’énorme infrastructure du port de Fret et de Pêche de la ville.
Une des plages les plus polluée du monde paraît t’il …
Moi je ne trouve pas tant que ça, j’ai même trouvé l’endroit bien sympas …
Euh qu’en dire ? Par où commencer ???
Qu’est ce que j’y ai foutu ?

Et bien déjà, le fait le plus marquant pour moi, humble marin itinérant, c’est que je crois bien y avoir claqué deux millions trois cent mille francs, CFA ok, mais c’est énorme quand même, près de 23 000 francs français, 3500 € ... Cela représente un an et demi de salaire net d’un journalier Dakarois que j’ai pu embaucher ici, et encore ils ont un bon boulot ici, avec les toubabs …

Ouch !!! D’où viennent t’ils ces 3500€, par quel miracle ?
Empruntés à ma mère ! Bénie soit t’elle ! Là encore je n’ai pas les mots qu’il faut. Tu sais Mum, la vie ! Merci ! Je rembourserais parole …

Et se précisent les cruels écueils du retour. Rentrer et risquer de perdre mon bel Atao, pour rembourser les impôts en retard, les emprunts familiaux, travailler pour de l’argent, quelle idée d’avoir inventé la réalité … BRR, j’en ai froid dans le dos par avance. Que serais je si je ne suis plus le Capitaine de mon petit rafiot ? Perdre la seule chose que je possède dans ce vaste monde incertain … Ma bulle, mon trésor, mon espace privé, mon jardin secret, quelques mètres carrés à moi. C’est à moi ! Moi c’est ça ! Vendre, Paris rue de Rome ?

(Page blanche)
J’en étais où ? Mum ? Dakar ? Chantier ?
Mum, mum encore tu sais, toute ma gratitude …

Dakar pour moi ça a été d’abord ce chantier. Alors en avant…
Ou De l’art de claquer 3500 € à Dakar :

Pour 1200 € j’ai acheté un nouveau moteur, Peugeot bien sûr, d’occasion bien entendu, un vieux moteur récupéré sur une 307 je crois … Le prix là c’est « tout compris », pose, dépose, remarinisation, achat d’un bas moteur, courroies neuves, filtres, joints (de culasse) et autres huiles … 80 % des pièces, périphériques, la tête de culasse proviennent des (beaux) restes de mon ancien moteur. Juste a été changé le bas moteur, le bloc, le vilebrequin, les bielles … J’ai pu suivre les différentes étapes du travail, entrailles mécaniques, tout y est si simple quand on t’explique, si organisé, si cohérent, si … Machiavélique …

L’inverseur (la boite de vitesse adaptée marine) était grippé. Il leur a fallu trois jours pour le déposer sans dommage. Patience et système D, en France personne n’aurais pris le temps, j’en suis certain, il eu fallu changer l’inverseur (600 à 700 € pièce).

J’ai donc vu le cœur de ce moteur, de l’intérieur, le travail se faire et se défaire, puis se recomposer peu à peu, là sous mes yeux. Génie mécanique, magie domestique ! Sentiment d’en savoir encore moins qu’avant, et pourtant …

Mes plus sincères remerciement à Aruna, le responsable de l’atelier mécanique du CVD… Un magicien de la mécanique, spécialisé dans les moteurs marins … Je n’aurais pas pu tomber mieux, je crois … Il disposait de toutes les facilités du club, les navettes du passeur pour amener le moteur à terre, atelier face au mouillage … C’est également lui qui gère le planning des chariots de levage et les sorties d’eau des différents bateaux, ce qui a permis de coordonner le chantier de calfatage et la remise en place du moteur à terre (levé par un bulldozer de passage) …

Pour 200 € de moins que le devis (oral, à l’africaine) d’Aruna, j’avais trouvé un autre mécano qui acceptait de prendre en charge ce chantier, se disait prêt à remariniser un moteur Peugeot. Mais ils n’avait jamais fait ce travail, aucune expérience des spécificités propres aux moteurs de bateaux. Il ne possédait pas de barque pour transporter le moteur, d’autres frais en aurait découlé. Pas eu confiance … Pour Aruna, ce job a été un jeu d’enfant. Pour l’instant j’ai utilisé ce nouveau moteur pendant plus de trente heures sans qu’il flanche …

En fait, pour être tout à fait franc, nobody’s perfect, il y a bien encore quelques pépins sur ce moteur :
Le contacteur (l’endroit où l’on tourne la clé) semble avoir un mauvais contact … Il ne faisait pas parti des « trucs » à changer … Par deux fois, par temps humide, le moteur s’est arrêté d’un coup … En tentant de le redémarrer à la clé, rien, aucune lumière sur le tableau de bord, aucune réaction, rien … Par deux fois, « c’est » revenu, le jus, comme par enchantement …
Et je trouve qu’il consomme encore trop de liquide de refroidissement, les « équilibres » devraient être faits maintenant (encore ½ litre toutes les 10 heures de fonctionnement) …
Tous les voyants du tableau de bord fonctionnent désormais (pression d’huile, température, charge batterie, pré chauffage …), sauf celui du « compte tours » moteur, pour cause d’un contact défaillant dans l’alternateur, ce n’est pas primordial, mais bon …

J’ai un moteur depuis un mois, qui tourne ! Ca change tout, la vie à bord, plus de problème d’électricité (les batteries rechargée régulièrement semblent reprendre vie), je dispose de tous mes instruments de bord, de mes feux de nuit, ça vous améliore la vie d’un marin, ça alors M’ssieurs dames, un bon moteur …

Bref voilà pour ce foutu moteur, il fallait bien en parler.
Mais pourvu, pourvu, pourvu que l’on en parle jamais plus !
Bon continuons sur le chantier de Dakar, et ma foutue dépense de 3 500 €uros …

J’ai embauché deux jeunes « menuisiers », journaliers au CVD, puis un peintre …
12 jours à deux personnes pour 250 €

Dans la pièce commune du CVD (le club nautique), au bar donc (photo de la vue ?) il est un petit panneau d’information où l’on affiche les photos, noms et spécialités techniques de différents prestataires conseillés et plébiscités par les anciens plaisanciers et responsables du club. Sur cette liste on y trouve tous les corps de métiers : mécaniciens, menuisiers, stratifieurs, soudeurs, plongeurs, peintres … Au bas du tableau est précisé que le salaire moyen quotidien (à négocier suivant la tâche) est fixé à 5 000 francs CFA par jour (50 francs français, 8 €uros par jour), pour 8h00 par jour, qualifié le travail souvent. Vous en pensez quoi ?

En fait c’est 4500 Francs + 500 francs pour le « Diep », le tiboudieme, l’assiette de riz et poisson quotidien, que je déguste également chaque jour depuis mon arrivée. Le « Diep » est payable au quotidien, en cash bien sûr, juste avant la pause de midi … Le reste sera payé en fin de semaine, en cash également. Quand je pense que je trouve ma vie un peu précaire, eux travaillent pour le repas de midi …
C’est donc sur ces bonnes (et néanmoins drôles de …) dispositions que j’ai embauché Omar, puis Denis puis par la suite El Hadj, le peintre.
5000 Fr * 12 jours * 2 personnes + quelques petits pourboires = 250 €.
J’ai encore du mal à y croire.

Bref, avec ma petite équipe, avec les gars, et ma connaissance du bateau quand même, on a pu faire un travail du tonnerre de Brest, vraiment efficace. C’était vraiment nécessaire !!!


Sortie de l’eau de l’Atao.
Sur un chariot de plage, une technique que je ne connaissais pas encore. Après le chariot ultra moderne du port des Minimes, après la grue de Marans, le Travel lift de Lisbonne, les quais à calfat de « Graciosa » aux Canaries (Dire que ça ne fait que 2 ans et 5 mois que j’ai acheté ce bateau), me voilà servi « au chariot » à Dakar …

C’est une simple remorque métallique basse, équipée de huit gros pneus de camion, que l’on déplace grâce à un treuil sans fin et un gros moteur solidement arrimé à la plage. La remarque est immergée dans l’eau de mer à marée haute, le bateau s’approche en flottant, s’arrime aux fixations transversales de la remorque, puis doucement, grâce au treuil, on remonte l’ensemble sur la plage, comme sur des roulettes … Ca a l’air simple comme ça …
Sauf que moi, je n’avais pas de moteur, il a fallu me remorquer. Un premier bateau juste remis à l’eau à déhaler, il faut tenir compte de la hauteur d’eau, de l’horaire des marées … Il fait presque nuit noire quand l’Atao approche, je n’y vois presque rien, ébloui par les lumières de la plage … L’Atao tracté par le passeur, un peu vite pensé je … Soudainement il me lâche tout près des ferrailles du chariot. Le canote poursuis sur son ère et, délicatement, viens se déposer dans le lit douillet du chariot. Yes, je souffle. On arrime le bateau sur le bastringue et « fouette cocher », ramenez moi ce chariot à terre !
Et là, « Brout brout brout » on entend du moteur de la plage qui s’étouffe, le palan qui couine, grince, rien ne bouge … Coincé ! Je crois avoir déjà précisé que la plage est l’une des plus polluée du monde, le temps que descende le premier bateau et que l’Atao s’arrime, des bouts de filets, de tissus, de sacs plastiques se sont pris dans le treuil, dans les roues du chariot et ça bloque tout … Et les voilà, à trois, à presque 9h00 du soir nuit noire, à plonger en apnée dans ce cloaque innommable pour libérer le système. Chapeau bas les gars …
Vers 22h30 je suis à Terre …

Cette sortie d’eau, aller et retour, six jours d’immobilisation du chariot (8 € par jour), échelles et tréteaux à disposition, eau douce (non potable) et électricité à volonté, un petit atelier (gardé !!) à disposition dans le Club
Coût total de la sortie d’eau : 110 € (70 000 Fr CFA)


Calfatage.
Une fois le bateau débarrassé de sa barbe d’algues et de coquillages (merci El Hadj héhé) « on » cherche partout l’origine de ma voie d’eau … Alain, un nouveau pote, Capitaine du Babette, joli petit ketch en bois moulé, qui est charpentier marine dans « le civil » me propose son œil d’expert dans ce diagnostic de ma coque, pour déterminer l’ampleur des dégâts.
Les cales sont encore pleines d’eaux de mer. Deux évidences sautent à l’œil de suite un goutte à goutte régulier à bâbord sous la vanne des chiottes, puis un léger suintement à tribord sur l’un des calfats que j’avais déjà repris à Lisbonne, que j’avais scellé au sykaflex (et non au mastic de vitrier) faute de disposer de suffisamment de temps de séchage ..
Alain me montre le « geste » du calfatage, tourner le coton, faire des petites boucles, les enfoncer en force un peu de biais, son du maillet (le marteau qui chante), agrandir la forme des boucles si l’espace « à boucher » devient plus important … Conseils simples, basiques, qui ressemblent à l’évidence. Au son, au toucher, à la vue on comprends que c’est vraiment cette étoupe de coton, et non le mastic que l’on ajoute ensuite (hum j’y reviendrais), qui assure l’étanchéité entre les différents bordés.
Evidence ou pas, ce n’est vraiment pas comme ça que j’ai procédé à Lisbonne, Alain se fout de ma gueule, légitimement j’en ai bien peur, en défaisant la ligne suintante. Bref, outre les deux lignes visibles, je décide de reprendre, dans les règles, mon travail de Lisbonne. Ce qui, au final ne représente pas plus de 6 à 7 mètres de reprise de calfat.
J’ai du coton de qualité acheté à la Rochelle, le maillet, les outils. Me manque un pot de peinture de minium et du mastic de Lin, que je trouve facilement à Dakar …
Ce n’était pas le bon mastic, il a fondu !!!
Mais ça c’est une autre histoire …
Coût total du calfatage 30 €


Peintures et antifouling
Je (fais) repeins (dre) les œuvres mortes (partie de la coque à l’air) avec une laque glycéro mono composante extérieure blanc brillant de bonne qualité (30€ les 3 pots au magasin « La Ségneurie » de Dakar, où les adhérents du CVD on 30% de remise).
Et j’achète au CVD, au prix de gros paraît t’il, une peinture antifouling de couleur grenat sombre qui s’accorde très bien avec les acajou du pont je trouve. (8 litres à 5000 Fr CFA = 60 €). La coque a tout bu en une couche …
Rehaussement de la ligne de flottaison de 10 centimètres.
Quelques pinceaux, grattoirs, scotch en quantité, diluants
Coût total des peintures 130 euros


Lasure intégrale (ou mon petit luxe)

« On » a décapé quasiment tous les vernis de pont, au bois, de nouveau, les listons extérieurs, les hiloires … Puis j’y ai appliqué au chiffon une fine couche de lasure mate, teintée acajou. Et c’est tout, niveau protection du bois, moi ça me semble bien, on verra bien comme ça vieillira (hum, ou pas) …

J’ai déjà fais ce travail seul, il y a un peu plus d’un an, en 8 couches, ponçage grain fin toutes les deux couches : 2 primaires, 2 fonds dur, 2 vernis epoxy puis 2 mono composants de base pour les UV paraît t’il... J’avais choisi un vernis epoxy, que l’on m’avait offert (une valeur de plus de 1000 €), un cadeau de roi ... Un vernis révolutionnaire, un vernis des temps moderne qui devait tenir des années … Et mon cul c’est du poulet ? Brésilien ?
Tous ces vernis en vrac en un an, en plusieurs points le bois noircissait mal sainement. Et il fallait reprendre l’étanchéité des hublots !!! On a tout enlevé, cerclages, hublots … Cette partie du chantier s’est déroulé au mouillage, sur l’eau donc, les vagues, le vent, le soleil …
Malgré mon générateur et mes outils électriques (ponceuse orbitale, ponceuse d’angle) Omar et Denis ont presque tout décapé à la main, avec un simple grattoir plat, qu’ils aiguisaient à terre, le matin et sur la pause de midi … D’une efficacité redoutable au final.

Omar, le menuisier, a 24 ans. Il revient juste du Brésil où il a passé 4 mois. Il est parti d’ici sur une Caïque pontée de 30 mètres comme équipier, traversant l’Atlantique. Il avait assumé auparavant la partie menuiserie du chantier qui a duré presque un an lors de la rénovation de cette Caïque. Je le paie 8 € par jour ?

Cette lasure a peut être été un surcoût inutile, pour la sécurité du moment, mais un sacré investissement sur l’avenir. Et si il fallait vraiment vendre l’Atao au retour ? Pour la maintenance courante les lasure sont bien plus aisées à entretenir, et puis ça pourrissait merde, étanchéité … Et j’ai fait bosser des gars ici c’est bien !

J’ai vidé trois cartouches de Sykaflex (joint de bouchage polymère noir spécial bois) dans tous les petits coins, petits angles, chaque jonction, progressivement, proprement, avec scotch et tout et tout, avant les lasures … Si de l’eau rentre encore du pont je … Sécherais !

5 cartouches de Sykaflex à 4000 pièce, 5 litres de lasure (il en reste la moitié) 20000, 2 cartouches silicones (pour les hublots) à 2000 pièce, des tas de papiers de verre pour les ponçages 30000 (les gros ronds Bosch sont très chers) + quelques trucs que j’oublie …
Coût total des lasures et étanchéité de pont 150 euros
+ 120 euro pour Omar et Denis …

L’Atao a de la Gueule, là où il faut !!
Marre d’écrire, marre de ré écrire …

Bon revenons à nos moutons (Page neuve) chantier


Le Safran
Nous aborderons donc un autre point sensible, de sécurité même, un sujet délicat, la petite cerise surprise de ce chantier, et qui m’a offert de sacré sueurs froides rétrospectives, il s’agit donc … Du Safran ! Non pas l’épice non, le safran est la partie immergée du gouvernail, la planche sous l’eau qui bascule de gauche à droite pour diriger le bateau. Je savais déjà que l’extrémité de l’axe qui le retient au bateau (l’étambot je crois) avait tendance à s’user. A marans j’avais déjà déposé ce safran pour rajouter une bague inox pour limiter le jeu, compenser l’usure. De 35 millimètres de tube plein en acier, il restait encore 20 bon millimètres de bon acier pour maintenir l’ensemble, pas de quoi s’inquiéter … Mais ce détail me trottait dans la tête, un long chantier déjà …
Je vérifie ici, il reste à peine 7 Mm d’acier, sur un axe supposer faire 3,5 Cm d’épaisseur, sur cet axe se concentrent touts les efforts du gouvernail. Un miracle que ça ai tenu jusqu’ici. J’étais à deux doigts de perdre mon gouvernail, encore un truc que je n’avais même pas imaginé possible …

Il faut donc démonter ce foutu Safran, il pèse bien ses 80 Kg à lui seul, un système de vis opposé complètement débile nous fais perdre un temps de dingue. Couper l’axe à la meuleuse pour souder sur du métal sain … Diallo, le soudeur, de son initiative, ajoute une petite charnière à l’axe, pour rigidifier la soudure, qui se boulonne dans le bois …

Un point de bois pourri au milieu du Safran. Il faut creuser, tailler et coller un remaillet (une pièce en bois) à la colle epoxy. De même pour couvrir et intégrer les nouvelles charnières. Peinture. J’ai cru devenir fou en reposant le safran … Foutues vis opposées.

Coût total Safran 35 €, pour la soudure et la charnière ...
Colle, pièces de bois, résine epoxy, peintures que j’avais en stock
Et beaucoup de temps, à plusieurs, si j’avais été seul j’y serais encore.
(Re page neuve – chantier …)


Le balcon avant.

Ce foutu balcon était tordu, instable, difficile de vraiment compter sur lui et de s’y appuyer lors des changements de foc. Gênant vraiment, par gros temps …
Au ponton, à la Goméra, j’avais mis le bateau Cul à Terre, pour réparer mon régulateur d’allure lui même victime d’une autre abordage (tiens je les dénonce les potes de Silalune, ils sont loin désormais, au brésil, intouchables, trans océaniens … Bises si vous me lisez).
Bref j’étais sur le ponton, à 100 mètres du bateau, un pote voisin accours vers moi, « tu viens de te faire tamponner », je reviens précipitamment vers mon bateau qui tremble encore du choc. C’est un voilier de location, il a percuté à l’avant cette fois, tordant mon balcon … J’ai juste le temps de vois le Skipper du bateau, un anglais je crois, me faire un petit signe de la main, des petits ronds en boucle, le doigt tendu, histoire de dire « je reviens plus tard ». Bien sûr il n’est jamais revenu l’enfoiré ! Qu’auriez vous voulu que le Capitaine fasse (fisse ? merde) ? Sans moteur … Tenté d ‘expliquer la chose à la capitainerie avec mes témoins, soudain leur espagnol devenait plus confus, mais au bout du compte il ne restait plus comme recours que de leur courir après .. Ou tenter de réparer à l’arrache, ce que je fis (la je crois que je suis bon).

Bref l’arrache c’est pas stable … Il a fallu le démonter, le détordre à terre avec des étaux et une masse, à vue de nez, le ressouder chouya en deux endroits … J’en ai profité pour changer les deux feux avants (généreusement offerts par Alain le capitaine du Ouanagogo, merci encore), les anciens prenant l’eau régulièrement claquant les ampoules …
Les câbles électriques de ces feux passent dans le tube inox du balcon, lors des soudures ces cables ont fondus, en se collant à l’intérieur. Il a fallu les arracher, en faire passer d’autres (pas une mince affaire) tout reconnecter, et réinstaller l’ensemble, vis, silicone pour l’étanchéité, le tout un peu en force bien sûr, la masse n’étant pas une science exacte …
Tous les trous de vis de fixation du balcon ont été auparavant bouchonnés et repercés …
J’aurais été tout seul, j’y serais encore …
Coût du balcon avant 15 € pour les soudures.

Et nouvelle page neuve sur mon beau papier d’écriture, en verve, le Gilles, ce jour … 35 ° je cherche le moindre courant d’air sous le pont, sueurs africaines … Décrire Chantier Dakar …

Le régulateur d’allure
Il a fallu tout démonter, en incluant le socle … Le remonter sur un atelier à terre, pour comprendre …
Le châssis même de l’engin était faussé empêchant le contrepoids de basculer, c’est bien ce qu’il me semblait ... Etau, marteaux, soudures … Inox, très cher inox, je change toutes les tiges de transmission de 5 Mm par du 6Mm, j’échange un pivot d’origine contre une lampe à éclats …
Des heures de gamberge encore, la chienlit pou le fixer à l’arrière du bateau, échafaudage …
Coût du régul’ 25 €
(10 € pour les soudures, 15 pour la lampe à éclat qu’il m’a fallu acheter).

Petit écart sur cette lampe à éclats :
Génial ce truc, c’est une torche flash, visible à 4 miles de distances, une ampoule Led qui ne consomme presque rien, un tube étanche, une grosse pile de 1,5 volts et un détecteur intégré qui enclenche le flash à partir d’une certaine obscurité … Je m’en sers comme feu de mouillage, ici sur le fleuve, beaucoup de circulation de pirogues la nuit, c’est bien de se signaler. En mer 3 ampoules de 10 watts grillent 24 ampères en une nuit, je les crois moins visible que ce flash, il faudrait être aveugle pour ne pas le voir … Je pense l’utiliser, en mer, dans les zones peu fréquenté bien sûr, avec le soutien du radar … Je le fais fonctionner depuis presque 20 nuits avec la même pile. Vive les nouvelles technologies …
Total signalisation : 10 €
(et de nouveau une page vierge)

Etanchéité du clairevoie.

Le clairevoie est le hublot principal de la cabine avant, fixé sur le toit il sert de « trappe à voile » en équipages, de sortie de secours en cas de pépin. C’est une sorte de vasistas compliqué, qui laisse passer la lumière, et permet à la ventilation du bateau par un système compliqué d’ouvertures par babord ou tribord, appel au vent ou sous le vent, aspire expire … Tout en bon bois d’acajou, une belle menuiserie, du bel ouvrage. Ca a 50 ans, c’est censé être étanche, mais ça ne l’est pas … A la Rochelle je l’ai démonté complètement, les plexiglass se décollaient. J’ai compté 120 vis, des grosses, des moyennes, des petites, pas un clou pour sûr, et une vingtaine de pièce de laiton (loquets, contre loquets, charnières …) … J’avais tout revernis pièce par pièce, re vissé, re collé, re jointé avec de la chambre à air de tracteur préalablement coupé sur mesure avec amour …
Et bien figurez vous que, malgré tout cet amour (je sais je ne suis pas très doué en ces choses là, ni en bricolage d’ailleurs) et bien donc ce putain de claire voie il pisse comme une bourrique dès qu’il se prend une déferlante dans le coin du nez.

Tout ça pour vous dire que j’ai fait rajouter 8 petites baguettes, en bois de fer, couvrant toutes les charnières d’au moins deux centimètres. Le travail est soigné, précis, solide bien intégré … Un menuisier est venu sur le bateau m’a proposé un devis. Il est revenu le lendemain avec un apprenti, il a démonté la partie supérieure du clairevoie, l’a ramené chez lui, fourni les deux mètres de bois de fer nécessaire, les colles. J’imagine le temps des mesures, des sciages, des collages, des ponçages … Il a ramené le travail à bord et refixé l’ensemble, il a même poncé le socle du clairevoie (+ 2 heures de boulot). Il m’a demandé 15000, je n’ai pas refusé.
Coût du clairevoie 20 Euros


Les voiles

Elles étaient dans un fichu foutu état, il fallait impérativement investir, on n’y revient pas …

Dans les locaux du CVD (le club nautique), il y a donc des douches, des sanitaires, un bar (la grande gazelle et la petite Flag, ce sont le noms des bières ne vous méprenez pas), un coin pour laver et sécher son linge (17 bassines je me suis tapé, en arrivant, seul, un stock énorme de vêtement, les housses des coussins, les serviettes, les sacs de couchage tout y est passé …), un atelier mécanique (où bosse Aruna, mon mécano), un coin pour déposer ses poubelles (ici au Siné Saloum je ne sais jamais où les mettre), et tiens donc, une voilerie !
Et si on entrait ?

Diego est le responsable chef de la voilerie, le « maître voilier ». Sur ses temps de loisirs on le vois toujours penché sur des mots croisés très compliqués, en français bien sûr. Il parle d’une voix profonde un ton calme, posé, langage châtié … Un grand beau gosse black, la quarantaine, qui visiblement aime la vie, les jolies femmes. Je crois qu’il a des accointances avec les affaires maritimes, au niveau du ministère. Il est responsable de l’organisation prochaine d’une régate qui reliera Dakar à Ziguinchor en Casamance. Une quarantaine de voiliers et de catamarans et une quinzaine de Hobby 4 (catamarans non habitables) sur un périple de prés de 250 miles, incluant la remontée de la Casamance jusqu’à Ziguinchor. Le tout en 4 étapes, avec petite fiesta locale à chaque fois. Le tout en l’honneur de je ne sais quel président de district démocratiquement élu (faut le faire en casamance). Le parcours sera donc sécurisé par l’armée, il reste pas mal de troupes « rebelles » armées et affamées par la bas.
Attention : à l’heure actuelle (Juin 09) on circule librement sur la Casamance, avec un voilier étranger… 80% des voiliers au départ de Dakar partaient dans cette direction, sans sécurité particulière et sans rencontrer aucun problème. L’événement sera sécurisé par les autorités du fleuve… Bref, Diego voudrait que j’y participe, ça pourrait être vraiment sympas mais je décline … Ils ne partent que dans un mois, et il y a 100 € de frais d’inscription … Chaque dépense me décourage (je sais bis répétitas).

Ah oui à propos de mes voiles.
Diego a donc repris intégralement une à une toutes les coutures des laizes de la grand voile, Les fils de couture étaient cuits, usés, élimés ne bonne partie, les plus fragiles, sûrement par les bastaques … Il a posé un doublé d’un ourlet de toile les deux tiers supérieurs de la chute de grand voile, pour la ré affermir (l’important dans une voile c’est sa chute, tout le monde le sais … Surtout au près d’ailleurs)..
Il a cousu plusieurs pièces (une dizaine), dont une grande près d’une gaine de latte. Il a repris toutes mes coutures et collages …
Et aussi, il a cousu deux anneaux de renforts en inox qui pourront faire office de ligne de troisième ris en cas de coup dur … Ca m’a déjà vraiment manqué deux ou trois fois. Ces deux petits anneaux me font un bien fou à l’âme, me comprenez vous ? Je n’ai jamais encore essuyé de gros, gros grains. Déjà à partir de 35 à 40 nœuds je me sentais limite …

150 000 Francs CFA, 230 €, ouch … C’était sur devis, je n’avais pas vraiment le choix. Où trouver ici un couturier avec la toile, le fil et les pièces adéquates, une machine suffisamment puissante, les points particuliers, transporter la voile en taxi aller / retour …

Diego me présente quatre petits focs, j’en achèterais 2. Les négociations se sont étalés sur plusieurs jours. 100 € pour un tourmentin de 6 mètres carré en toile de 175 grammes, plat coutures renforcées … Il sera ma dernière voile en cas de coup dur, il pourra s’équilibrer avec la grande voile au troisième ris en cas de coup un peu moins dur …

Diego aime les femmes, les femmes aime l’argent, Diego à besoin d’argent …
Je ne sais pas pourquoi je dis ça, je ne sais rien de sa vie. Tout le monde aime l’argent … Mais pour sûr Diego n’est pas né de la dernière pluie. Où trouver un foc d’occasion ici ? J’avais besoin de ce foc, il le savait, il n’a (presque) rien lâché !
Le jour de mon départ, avec le sourire, il me cède à contre cœur pour 40 €, un second foc, propre, plus léger, une dizaine de mètres carré, c’est petit mais bon, je crois que je serais bien content de pouvoir compter dessus une fois en mer …

Diego me recoud également une pièce de tissu particulière dont j’ai hérité lors de l’achat de l’Atao, mais dont je ne me suis jamais servi parce que déchirés et décousus de toutes part … C’est une capote pour mon Clairevoie, dont j’ai justement parlé plus haut. Il change deux grands plastiques souples transparents, reprends toutes les coutures, révise à la main les points de fixation. C’est un tissus très épais ! Pour ce travail il me demande 30 € incluant les grands plastiques souples transparent neufs. Je paie, je ne discute plus. Franchement le travail ça le vaut … Avec ses petites baguettes et son petit chapeau sur le museau, je hurle à la mort si il pisse encore ce foutu clairevoie …

Dans l ‘ensemble je crois que Diego ne m’a pas trop allumé au niveau des prix, surtout au vu de sa putain de situation de monopole … En cinq semaine ici je l’ai vu brasser bien des voiles, et puis des taux et des moustiquaires sur mesure, de protections moteur, toujours pour les toubabs du CVD, à des prix toubabesques … C’est le genre de gars qui ne courre pas après l’argent, c’est l’argent qui lui courre après, tranquille quoi ! Et au fond je crois même qu’il m’a un peu épargné, il aimait bien mon bateau, je crois … Il a vite compris que je ne flottais pas sur l’or.
Ouf en tout cas me voilà paré en voiles.
Me manque toujours un bon, grand, Génois lourd, bien plat pour remonter au vent, de bonne surface pour pouvoir forcer un peu l’allure de jour, par temps frais. 20 à 25 mètres carrés, avec possibilité de lui prendre un ris. Si, si, j’en ai vu, ça existe …
En tout cas je me sens bien mieux « harnaché » pour affronter un peu de mer qu’avant pour sûr, quelques alternatives à offrir, ouf ...

Bref la part financière de la tranche voilerie de ce chantier Dakarois si je compte bien sur mes doigts s’élève à :
Coût total achat et réparation des voiles : 400 €

Et fin de la page, et nouvelle page …
J’en compte 16 des pages, depuis ce matin, saoulerie d’écritures … Bu quelques café « touba », nouilles margarine Nuoc Nam … L’Atao tourne sur son ancre. C’est l’étale, marée montante puis descendante se fait bien ici … 2 mètres de marnage, 4 mètres de fond au plus bas, 2 nœuds de courant en plein jusant … Paramètres mouvants, veille permanente, et si l’ancre chassait ? Mais bon Dakar, Dakar speaking about Dakar…

Quoi encore ce foutu chantier, ça suffit tu nous gaves …
M’en fout …

Il a fallu repeindre le « berceau » du moteur, inaccessible d’habitude, et le puisard (le point intérieur le plus bas du bateau) toujours rempli d’eau depuis plusieurs mois, je profite que nous sommes à sec. Suite aux diverses pannes et fuites du moteur, et surtout à cause de son démontage « à l’arrache » par mes mécanos bricolos du Cap Vert, les fonds sont pleins d’huile, de liquide de refroidissement, de graisse … Il faut laver, dégraisser, poncer puis peindre le binz, la tête en bas, les genoux de travers, le coude tordu … Plein de rabicoins les fonds de cale. Peint au minium, peinture antioxydante, de couleur orange vif, que je trouve très bien, très sain, très clair pour un fond de cale … Minium, pinceaux, scotchs, diluant et 4 demie journée de travail …
Coût total de l’opération fond de cale maxi 30 €.


Changé, épissé mes Lazy Jack. Petits bouts fin qui organisent le rangement de la voile lorsqu’on l’affale ou qu’on prend un ris. 5h00 de boulot avec les épissures.
15 € pour 25 mètres de filin

15 € pour la révision de mon moteur d’annexe Johnson 8 Cv. Vidange de l’huile d’hélice, changement d’un joint d’arrivée d’essence …

20 € pour la confection de 4 taquets en bois de fer, sculptés à la main, sur mesure, sur la base des anciens cassés ! Deux des principaux taquets du cockpit manquaient, c’était vraiment handicapant en navigation … Combien de temps me faudrait t’il pour en sculpter un seul présentable ? Même après deux ans d’expérience du travail du bois. Et 4 ? A 5 € le taquet, j’en ai acheté deux d’avance … Ce dont tout le monde se fout … Il fait horriblement chaud.

Je vais vous épargner certains autres détails pourtant fort croustillants de ce foutu chantier que je nomme toutefois pour mémoire : la révision des pompes de cale (plus qu’une de fonctionnelle aujourd’hui), le remplacement de la girouette de l’anémomètre tout en haut du mât arrachée sous mes yeux par un cormoran (j’ai la photo !), la révision du petit générateur, le changement du chargeur de batteries et du disjonteur 220 V général du bateau qui a grillé à cause de l’humidité, l’imbroglio des batteries…


Récapitulatif rapide des dépenses : 2450 € il en manque encore, et beaucoup …
Qu’en est t’il ?

Carburants
40 litres de gasoil et un bidon de 20 litres 45 €
20 litres de super pour l’annexe et le générateur et huile de vidange 30 €
Total frais carburants : 75 €

Droits de mouillage et adhésion au CVD durant 5 semaines …
55000 (abonnement un mois) et 3 * 15 000 (3 semaines) = 100 000 Fr CFA
Total frais de port Dakar : 150 €

Formalités de douane, le visa et l’autorisation des affaires maritime pour une permission de voguer dans les eaux nationales sénégalaises pour une période de 6 mois.
Euh 10000 francs CFA plus 5000 pour le taxi j’ai le droit ?
Total frais de douane : 15 €

Optique, verres de lunettes :
Tiens oui, j’oubliais, et pourtant de me souvenir comme j’étais handicapé sans ! Mes photos du Cap vert sont toutes moches et triste, sûr c’est parce que je n’y voyais rien …

Au départ de France j’avais raflé dans ma pharmacie 6 vieilles paires abandonnées, rayées ou ébranchées, lunettes de soleil ultra passées de mode … Je les ai toutes utilisées, une à une, souvent avec du scotch pour les maintenir sur mon nez. Elles sont toutes passées à la baille, sauf une paire qui était horriblement rayée.
Je sais désormais la valeur de cette ultime paire !
J’adopte enfin cet horrible petit filin de sécurité « démangeur de cou » …

Ca a été mon premier achat sénégalais, de suite en sortant de la poste où je venais de récupérer ma carte bleue, je me suis installé chez le premier opticien venu, je n’ai pas lâché, je voulais y voir sur l’heure … L’opticien a réagi gentiment, rapidement, promptement, puis il m’a allumé en rigolant : 60000 francs CFA, Ouch … Pour deux verres de lunettes en plastic qu’il avait en stock, de base, pas d’anti reflet rien, gros épais, j’avais amené la monture. …

Première leçon du négoce à la Sénégalaise : pour chaque achat il faut s’ouvrir aux gens, aux vendeurs, leur offrir le temps de la négociation. Il n’y a pas de prix fixe ici pas d’étiquettes, sauf une peut être, celle de dire bonjour en entrant chez Mr le marchand, et de rester poli, attentif à son argumentaire de vente, son produit, c’est sa vie … Sinon t’es baisé, et tu raques au max, pour le principe. Je crois que c’est un peu ça l’Afrique, ses commerces … C’est pas comme chez nous où tu peux acheter un énorme caddy de « choses », sans dire bonjour ni au revoir à personne ! Dites moi quelle est la meilleure manière de vivre ???
Enfin bref :
Coût total optique : 90 €

Je me souviens bien de quelques achat :

· Deux bidons vides de 20 litres, un alimentaire (au mouillage il faut faire l’eau régulièrement, au bidon), un pour le fuel (idem pour le fuel) (20 €).
· Quelques fils de pêche et hameçon (10 €),
· 2 recharges de Gaz pour la cuisine (12 €)
· Un nouveau Jean sympa et une casquette (15 €),
· Un stock de petites et grosses piles pour le GPS, les lampes torches, la Radio (20 €) …
· Avitaillement du bateau : je me souviens de deux courses alimentaire « en gros », les cambuse était tristement vide depuis le Cap Vert deux fois environ 40 € des boites, du lait, du riz, du chocolat, du café, des produits d’entretien (10 € le paquet de croquettes pour chien) … Pas grand chose en fait la cambuse est déjà presque vide. (80 €)
· Il y a eu cette soirée, pour le vingt cinquième anniversaire de la mort de Bob Marley. On a pris des taxi toute la soirée, une pirogue même, avec une mer formée, des centaines de gens qui cherchent à embarquer en même temps de nuit, drôles de navettes … Le concert était annulé à l’arrivée, pas de chance mais ce fut une bonne soirée … Ca s’est terminé dans un bar louche un peu louche, où l’on buvait du rosé, quelques vieilles prostituées fatiguées au comptoir, Toujours pas envie, non merci … Petit casse dalle omelette dans la banlieue de Dakar. Taxi, retour au bateau … (15€)
· Petit stock de médicaments préventif : Artequin (traitement curatif antipaludique de choc), Fucidine (pommade antibiotique, les petites plaies aux pieds prennent souvent de sales gueules ici), Vermox (contre les vers de cul), Daquin et autres asepsie, et une grande moustiquaire pré imprégnée (paraît qu’ils sont chiants, sur le fleuve ..) … (40 €)
· De la privatisation d’un taxi pour une matinée, le temps d’aller chercher les peintures, lazures, materiel pour le chantier, une razzia au supermarché, la banque (12 €)
· De trois cartouches de clop avant le départ de Dakar (25 €)


Total de « je me souviens de » : 255 €


Vie quotidienne à Dakar :

J’ai été très sage à Dakar, trop même je trouve, mon vieux pépère … Chantier le jour, lecture la nuit (enfin de bons bouquins en français … Avez vous lu Amadou Hampate Bâ « Amkoullel l’enfant Peul » - « Oui mon commandant »).

Je ne connais donc rien des effervescences des folles « nuits Dakaroises ». Les concerts commencent vers minuit, revenir avant 5h00 du matin est signe de faiblesse (et puis de toute façon il y a les horaires du passeur). Je sais que Dakar est une ville fiévreuse, débordante de vie. Elle abrite certains des meilleures clubs, musées, salles de concerts et festivals artistiques de l’Afrique de l’Ouest, mais …

Budget ? Est ce la seule raison ?

Il faut tout payer en cash en Afrique. Et je viens de claquer, pour le chantier, près de 2,3 million de francs (bon CFA d’accord). Ca en fait, du « bifton » en petites coupures je vous le jure !!! J’ai l’impression d’avoir toujours la main à la poche, distributeur de billets … Avec toujours mauvaise conscience, cet argent n’est pas à moi, ça y est « j’hypothèque » l’avenir, et surtout l’Atao avec, à chaque ponction dans ma poche sans fond …
Bref pas d’enivrantes et dispendieuses « nuits Dakaroise ».

Donc dépenses courantes de mon austère vie à Dakar :

· Un paquet de clop par jour 1€Toujours à la « Malboro light », le Gilles … Il existe ici des Clops à 0.6 €, les « Houston » ou les « Excellences », mais ce sont de vraies « étouffe sportif », pas mon truc. Vive donc les « Marlboro light », les vraies cigarettes des vrais sportifs …
· Le Déjeuner du Midi 3 €500 à 700 Fr pour le Tiéboudienne (poisson + riz), 1000 Fr pour le Mafé (riz nappé de sauce de cacahuète et un peu, de viande, 1300 Fr le poulet Yassa (poulet mariné)…Une boisson : Le Bissap (breuvage sucré à base de fleur d’hibiscus séchée) ou le Bouyi (à partir du fruit du Baobab), un Café Touba, euh savamment épicé …Il paraît que la variété de la « scène culinaire » est l’un des atouts majeur de Dakar, ah les vieilles colonies françaises … Pour ma part je ne suis trop gourmand, je me suis contenté de Diep de Yassa et de Mafé, comme tout le monde ici …
· Divers 4 €Un transport en bus de temps en temps, un fruit, un jus de fruit, un peu d’eau glacée, des crevettes en extra pour le soir, pour la pêche, du lait concentré, un « chawarma » vite fait (Sandwich viande frite, le hamburger local …
5000 francs CFA par jour pour ce « minimum » hors tout (foutues bibines), le prix que je paie « mes gars » et eux élèvent une famille. Ils ne travaillent pas tous les jours ???
Total vie courante (8 € par jour * 50 jours) = 400 €


Total sortie en Cash le jour du départ pour le Siné Saloum (130 000) = 200 €


Total des dépenses depuis le départ de ce foutu texte qui n’en fini pas … 3640 euros, yes je les tiens, un peu plus même, un peu de triche de ci delà, mémoire défaillante, pas grave …
Nous ne parlerons pas ici des fumées clandestines, mon vieux compagnon de route m’a retrouvé ici, les rastas ne sont t’ils pas originaires d’Afrique ? Presque quatre mois de break tout de même, mais bien trop d’alcools, grogs capverdiens …

J’ai abordé l’Afrique avec ce foutu chantier à mener, la vie vue d’un porte monnaie, et oui bon dieu 3500 €, c’est comme ça que je vais appeler ce « chapitre » …

Rébarbatif à écrire, et surement à lire mais je crois que j'aurais adoré lire ce genre de prose avant d'attaquer mes travaux là bas. Qui souhaite réparer ou rénover un bayeau par ici y trouvera quelques idées de prix Juin 2009.


Siné Saloum, N’dangane 22H00. Le chant du Muezzin explose et s’éparpille dans les ombres humides des mangroves alanguie. Cherche pas à faire du style mon Gilles, ça fait « prout prout ».
Préparation du Dîner, je chauffe une gamelle de riz et vide un foutu Mérou de presque un Kilo (hé hé), péché « à la crevette », avec un simple hameçon, un plomb, au fil du courant. Il s’est fait prendre juste à la tombée de la nuit, comme les deux autres poissons péchés auparavant. Il s’est bien débattu le bougre, sa chair est je crois excellente, je vais le tenter « à la cocotte », chouya de curry ... Un pélican frotte son bec contre la coque, un banc de mulets s’éparpille au ras de l’eau, signe de quelque chasse carnassière ??? Une pirogue noctambule ronronne au loin … Un chœur de femme, accompagné de lents tam tam, s’élève sur la savane (hum), il remplace peu à peu, respectueusement la voix éraillée du muezzin … Chants traditionnels en plein pays Sérère, c’est pas le top ça mon Gilou ! En direct live (non je n’ai pas de foutu enregistreur) ce serait rigolo sur le blog … Bientôt les odeurs ? Je vous recommande celles du séchoir à poisson, à Djiferre …
Et vous oseriez me demander pour quelle raison donc je me suis fait chier pour arriver jusqu’ici ?
Je n’ai pas quitté le bateau de la journée, abruti par ce cahier …
Alleye bonsoir, et slurp, bon appétit M’ssieurs Dame.

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